Etude de cas d’ergonomie : iPhone vs LG Prada
6 août 2008 par zero-zombie
Un site américain a fait un comparatif entre l’iPhone et le LG Prada. Bien que ce test date un peu (l’iPhone 3G est sorti depuis), c’est une magnifique illustration d’une réussite ergonomique d’un coté, un d’une interface ratée de l’autre.
La vidéo est ici : http://www.wirelessinfo.com/content/iPhone-vs-LG-Prada–Video.htm
Premier test : composer un numéro.
Les deux téléphones sont équivalents: c’est une fonctionnalité simple et il est difficile de la rater.
Second test : composer un message.
Dans ce test, l’iPhone met plus de temps… avec un protocole de test complètement barré, avec l’index seul tendu pour l’iPhone, et le téléphone en main et les deux pouces pour le Prada. Je ne fais pas de parti pris, mais il est évident qu’il y a un problème avec cette partie du test. Pour l’iPhone, on dirait que le type prend son temps alors que l’autre essaye d’aller le plus vite possible, sans doute en habitué des SMS.
Troisième test : affichage d’une page Web
Là en revanche, pas de doute sur le protocole de test : le Prada met un temps fou à afficher une page et le moteur de rendu est largement inférieur et présage d’une navigation laborieuse. Qui a envie d’attendre 3 minutes pour voir une page qui de plus s’affiche mal ? Même un Nokia 6233 avec Opera Mini est plus rapide et affiche mieux les pages. LG a donc réussi à faire un accès au web raté avec un écran tactile et un téléphone assez puissant, bravo les gars !
Quatrième test : temps pour allumer le téléphone et composer un numéro
L’iPhone est un peu plus rapide mais c’est sensiblement la même chose. Bon…
Cinquième test : lecture musicale.
L’iPhone propose une interface rapide, fluide, affiche les pochettes d’album et on peut observer des effets graphiques utiles : quand on appuie sur Lecture, morceau Suivant / Précédent, le symbole s’éclaire et disparait en fondu. Un moyen élégant d’avoir une confirmation visuelle à postériori puisqu’on peut voir le fondu une fois le doigt retiré de l’écran.
Le Prada tente de faire un bon baladeur mais force est de constater que c’est raté. On ne voit pas la pochette. Vous avez oublié ce que vous êtes en train d’écouter ? Vous ne pourrez pas vous en rappeler d’un coup d’oeil, vous devrez lire des petits caractères. Et attention : sur une ligne, qui scrolle et par saccade. Même la partie texte est ratée. Pour la navigation, le Prada fait des changements d’écrans radicaux alors que l’iPhone fait des scrolls de page qui permettent de mémoriser plus facilement l’emplacement des morceaux : on se crée un chemin mental qu’il est facile de rebrousser ou de reproduire. Rien de tel n’est possible quand on fait de brusques changements.
Sixième test : vidéos
Bon, là c’est clair et net : il est déjà bien plus complexe d’arriver aux vidéos avec le Prada qu’avec l’iPhone, mais en plus… la sélection de la vidéo se fait toujours en mode texte. Du pur produit d’ingénieur fainéant et sans réflexion sur l’utilisation d’un produit : enregistrez dix vidéos, et essayez d’en retrouver une facilement, celle où vous étiez à la plage. Avec un nom de fichier généré c’est toujours sympa… “c’est celle-là ? Ah non, ça doit être celle-là… non plus. Ah c’est celle-là sûrement. Mais c’était quand déjà ?”
Septième test : la prise de photos.
Là c’est une catastrophe pour le LG… mais vraiment, vraiment une catastrophe ! Sur l’iPhone, on prend les photos en appuyant sur un bouton à l’écran, et on en prend une autre en appuyant une deuxième fois, et ainsi de suite.
Dans le cas du LG, on appuie sur un bouton de tranche pour prendre une photo et là quelle bonne idée ! on appuie sur un bouton qui aparaît à l’écran pour avoir le droit de rappuyer sur le bouton qui sert à la prise de photo. On est sûr de bouger, la prise de photos en rafale va être bien compliquée à faire. C’est tout ? Non pas du tout car il y a pire. Alors que l’iPhone illustre une prise de photo par une sorte de clin d’oeil un peu appuyé, le Prada affiche un écran noir avec une petite icône d’appareil photo. Et c’est lent en plus. Ainsi, il n’y a aucune continuité dans l’action : on bouge pour prendre une autre prise, et l’écran noir est digne d’un “coucou qui est là ?” les mains sur les yeux : ça perturbe, on perd un peu son cadrage.
Dans le ca de l’iPhone, la fermeture/ouverture de l’écran par un cadre circulaire noir est animé. Ca n’est pas qu’un effet graphique sans aute but que décoratif : c’est aussi un indicateur de progression qui permet d’anticiper précisément le moment où on va de nouveau avoir la main et donc de permettre à l’utilisateur d’enchaîner le plus rapidement possible les prises multiples.
8ème test : la navigation et la visualisation des photos
Ce point montre une supériorité de conception indiscutable de l’iPhone. L’accès même à la galerie est bien plus simple que sur le Prada. Tout est illustré, que ce soit un ensemble d’image, ou les images elles-même qui sont des vignettes, tout est affiché instantanément.
Sur le Prada, tout est raté. Les ensembles d’images sont des dossiers standards qui ne donnent aucune idée de ce qu’il y a dedans. L’appareil ne stocke pas de miniatures et les recrée à chaque fois. C’est long, c’est une perte de temps, et c’est désagréable au possible. Onpresse une image, puis un bouton pour la visualiser. Pourquoi tout-à-coup le principe de désignation direct devient-il indirect ? Mystère…
Et la navigation entre les images est encore plus ratée : si sur l’iPhone il suffit d’un simple mouvement pour “feuilleter”, le tout étant animé et instantané, sur le LG on voit toujours les miniatures arriver lentement, et pire que ça : on n’en voit que deux à la fois. On navigue de deux en deux, l’idéal pour se perdre : difficile de mémoriser l’ordre d’une séquence de paires. Si en plus c’est lent à arriver, c’est encore pire.
Pour passer en plein écran, on appuie sur un bouton au lieu de tourner simplement l’appareil. Une action inutile de plus, et qui n’est pas immédiate puisqu’on perçoit un délai entre l’appui et le passage effectif au mode plein écran. Pour passer entre les images, on appuie une première fois sur l’écran, puis deux flèche apparaissent : on devra donc viser. Et nul doute que ce sera toujours aussi lent et pénible pour passer d’une image à l’autre sans aucune continuité.
Conclusion
Ces deux téléphones ont des interfaces différentes et l’une est largement supérieure à l’autre pour de nombreuses raisons. Certaines sont techniques : l’iPhone a un excellent hardware et un excellent OS alors que l’interface du Prada est réalisée en Flash Lite. Non seulement c’est une technologie lente, mais visiblement Flash Lite ne gère pas les “gestures” puisqu’on n’en voit nulle part. Ou bien l’équipe ayant réalisé l’interface du Prada n’a pas compris l’intérêt de cette possibilité ou comment l’intégrer à son produit.
Mais les autres problèmes décrits ne font que révéler un bâclage de conception et de réalisation. Les miniatures générées à chaque fois en sont un parfait exemple : c’est pourtant pas compliqué à réaliser, et pourtant ça n’est pas géré et ça gâche complètement l’expérience utilisateur. On voit aussi un sérieux manque d’imagination avec des listes classiques : on a un écran tactile mais qui n’est finalement pas vraiment exploité. Tout n’est qu’une transposition directe de ce qui existe déjà sans emprunter de nouvelles voies : l’interface est sensée être plus agréable que sur les anciens produits, mais simplement grâce aux mérites intrisèques de la technologie tactile.
Du coté d’Apple en revanche, on un un excellent socle technologique qui permet des scrolls fluides, et l’interface est pensée de manière à la fois claire, pratique et plutôt ludique.
Apple fait donc figure d’exemple, et LG de contre exemple. Et pourtant il n’est vraiment pas compliqué de voir ce qui ne va pas dans leur interface : c’est lent, c’est perturbant, on n’anticipe rien, et on détecte clairement des opération inutiles (comme les clics de validation pour ouvrir les images).
L’enseignement qu’on peut tirer de ces observations… eh bien il suffit de voir les ventes. En se contentant de faire un produit “de base”, vous avez des ventes “de base”. Alors bien sûr, Apple avait le droit à un buzz phénoménal pour son arrivée dans le monde de la téléphonie après un iPod au succès légendaire, et il y a eu une bonne campagne de pub. Mais ce serait une illusion de penser que c’est ce qui fait le succès de l’iPhone. Ce qui fait avant tout son succès, c’est son interface qui le rend agréable à utiliser intensivement, et sa présentation valorisante des contenus (pochettes d’albums, vos photos bien présentées).
Le sens du détail et la recherche de la simplicité sont importants, tout simplement parce qu’on crée des programmes pour des utilisateurs. Il convient donc de les respecter et de leur simplifier au maximum l’utilisation de vos programmes. S’il vous arrive de faire des compromis sur la qualité de l’interface pour vous simplifier la programmation, c’est dans la grande majorité des cas une erreur.
Traquez les clics inutiles, lisez les anciens articles et surtout les alertboxes de www.useit.com ou encore les articles sur l’”usability” de smashing magazine (en bas de la liste All Posts de la marge) si vous ne vous vous êtes encore jamais penchés sur le sujet : vous verrez qu’en plus c’est intéressant.
Comme ça tout le monde sera content : vous, (vos clients) et vos utilisateurs.

